Homélies – Dimanches de Pâques 2018

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Homélie Vigile Pascale 2018 – Père Olivier Lebouteux

Dieu ouvre un passage

Dieu ne connaît pas les voies sans issues. Dans toute vie humaine, il ouvre un passage là où tout semble perdu. En cette sainte Nuit, même la mort est vaincue par le Christ. Par le baptême nous sommes passés de la mort à la vie. Le cierge pascal qui a ouvert notre procession est le signe de la lumière de la vie descendant dans l’obscurité de la mort. Il rappelle la colonne de feu qui a ouvert un chemin dans la Mer Rouge au moment même où le peuple Hébreux croyait la situation désespérée. Passage qui préfigurait la victoire définitive de Jésus sur la mort et le péché et qui nous invite à sa suite.

Ces femmes qui courent au tombeau nous conduisent sur ce chemin qui va de la peur au témoignage. Elles nous invitent à considérer tout ce qui pourrait encore nous empêcher de témoigner des merveilles que le Seigneur fait pour nous à toutes les personnes que nous rencontrons. Mais elles se sont quand même mises en route, de bon matin, avec leurs craintes et leurs questions. Leur désir de venir embaumer le corps de celui qu’elles ont tant aimé leur a donné la force suffisante pour partir. Chemin faisant, elles n’ont pas manqué de s’interroger : « Qui nous roulera la pierre ? » Cette pierre est trop lourde pour qu’elles puissent la bouger par leurs propres forces. Cette question rejoint toutes nos questions : comment rejoindre Jésus dans ma situation de vie ? comment prétendre témoigner de lui alors que j’ai encore tant d’obstacles dans ma vie ? Autant de raisons qui auraient pu les inciter à rebrousser chemin. Mais elles ont continué leur chemin vers le tombeau avec cette interrogation. Bien souvent, nos doutes risquent de nous paralyser, de nous empêcher de continuer notre route vers le Seigneur si nous ne posons pas un acte de confiance pour continuer à avancer. La résurrection de Jésus est tout sauf une évidence et en témoigner peut se heurter à de nombreux obstacles.

Arrivées au tombeau, elles vont avoir la surprise de constater que la pierre a été roulée. Ce qui constituait un obstacle insurmontable est désormais dépassé. Elles ont maintenant accès au tombeau et, pensent-elles, au corps de Jésus. Le Seigneur leur a ouvert un chemin qu’elles ne pouvaient pas imaginer. Ce que nous considérons dans notre vie comme des lourdes pierres indéplaçables, ou des obstacles insurmontables peuvent trouver des solutions inattendues. Rien ne peut arrêter la puissance de la résurrection et la force de la Miséricorde de Dieu. Acceptons de nous laisser surprendre et de ne surtout jamais baisser les bras dans notre vie à la suite du Seigneur.

Une autre surprise de taille les attend au tombeau : celui-ci est vide. Elles ne trouveront pas celui qu’elles sont venues chercher ou plutôt, elles seront conduites à le chercher non plus parmi les morts, dans le passé, mais dans le présent, dans la vie. Elles sont dans un premier temps déconcertées par ce qui arrive, elles ne comprennent pas ce qui se passe. La résurrection n’est pas une évidence. Dans tout chemin de foi, en particulier pour celui qui s’ouvre pour les nouveaux baptisés, nous pouvons nous trouver profondément déconcertés par la manière dont le Seigneur ne se trouve pas où nous l’attendions. Surgissent alors les questions : ne me suis-je pas trompé de chemin ? Est-il possible de croire tout ce que j’ai entendu ? ne suis-pas dans l’illusion ?

Tout baptisé peut passer par cette phase de remise en question profonde. Finalement tout cela n’est-il pas qu’une belle histoire, mais sans lendemain ?

Puis elles aperçoivent un jeune homme vêtu de blanc devant lequel elles ressentent une grande frayeur. Elles sont alors envoyées en Galilée pour rencontrer le Christ vivant. C’est dans leur lieu de vie, de travail, leur famille qu’elles auront désormais à vivre et à témoigner de la résurrection de Jésus. C’est ce témoignage qui ne cesse de se propager depuis deux mille ans et que nous avons la responsabilité comme baptisé de porter à tous ceux qui nous entourent et particulièrement aux nouvelles générations pour que des chemins nouveaux s’ouvrent dans notre monde.

Notre vie peut connaître des obstacles, des impasses, des situations où nous pouvons avoir l’impression de ne jamais pouvoir nous en sortir, de ne pas être en mesure de rejoindre Dieu et les autres. Mais Dieu ouvre des chemins nouveaux dans notre vie dans lesquels nous pouvons nous engager avec audace et confiance. En cette nuit de Pâques, la puissance de sa résurrection vient nous communiquer la vie nouvelle ou renouveler celle que nous avons reçu le jour de notre baptême. Désormais rien ne pourra plus nous séparer de l’amour du Christ. Le jour de notre naissance, nous savions que nous marchions vers la mort. Depuis notre baptême, nous sommes désormais convaincus que nous cheminons vers la Vie.

Père Olivier LEBOUTEUX

Homélie Dimanche de Pâques 2018 – Père Ambroise RICHÉ

Chers frères et sœurs,

Christ est ressuscité. Saint Paul nous le dit d’une façon singulière aujourd’hui : «le Christ notre pâque a été immolée. » Vingt ans seulement après la mort et la résurrection du Christ, avec Paul nous comprenons toute la portée de la Pâque chrétienne. Le symbole central de l’histoire du salut, l’agneau pascal est identifié à Jésus, qui est appelé notre Pâque. La pâque juive, mémorial de la libération de l’esclavage en Égypte, prévoyait tous les ans le rite de l’immolation de l’agneau et Jésus dans sa passion et sa mort se révèle comme l’agneau de Dieu immolé sur la croix pour enlever les péchés du monde, lui qui est tué à l’heure même où on sacrifiait dans le temple l’agneau pascal. Il s’était déjà lui-même substitué aux aliments de la pâque juive, pain et vin, faisant d’eux son corps et son sang lors de la dernière Cène. Jésus a transformé l’ancienne pâque en nouvelle pâque, en Sa pâque. Il apporte par Sa mort et Sa résurrection une nouveauté indépassable. Ouvrons-nous frères ces sœurs aujourd’hui à cette nouveauté.

On nous dit souvent que l’Église est vieille, conservatrice, désormais dépassé, n’ayant pas le sens de la nouveauté qui caractérise notre temps. Car oui, notre temps est attiré par la nouveauté. C’est l’aspiration centrale de la nouvelle génération qui a été habituée par les changements rapide du monde à désirer sans cesse quelque chose de nouveau. Une analyse un peu profonde nous fera comprendre que cet appel  de la nouveauté, ce sentiment d’urgence de la nouveauté, notre monde le doit en fait proprement à la foi chrétienne, qui a mis ce désir comme un ferment dans le cœur des hommes. Notre foi nous dit en effet : « ce que tu es, ce que tu as, ne suffit pas ; tu dois aspirer à quelque chose de nouveau, quelque chose de plus. »

Et aujourd’hui frères et sœurs, nous est donné cette nouveauté, et nous la célébrons. Nouveauté pour le Christ et nouveauté pour nous. Cette nouveauté n’est pas une nouvelle idée, une nouvelle opinion, une nouvelle façon de voir. C’est une nouvelle vie. Le Christ est vraiment ressuscité, réellement, personnellement, historiquement, toujours lui, le Jésus de l’évangile mais dans une condition de vie radicalement nouvelle, qui conserve, mais aussi dépasse l’état présent de notre existence humaine, en en sublimant la plénitude, la gloire, la puissance et la réalité spirituelle.

Nous devons frères et sœurs avoir le sens de cette nouveauté. C’est une nouveauté si grande, si impensable, si miraculeuse, si belle que nous n’aurons jamais fini de la méditer. Et vraiment, le Seigneur l’a faite : il a fait ce jour nouveau, cette vie nouvelle, que nous avons chanté dans le psaume. Il a fait quelque chose qui dépasse notre imagination. Les premiers disciples eux-mêmes n’osaient pas y croire, voyant le tombeau vide. Ils n’étaient pas prêts. Ils avaient vu Jésus crucifié, couvert de sang, transpercé, mort, enseveli, dans un tombeau fermé par une pierre indéplaçable. Les gardes ont fui, le tombeau est vide, les femmes disent qu’il est ressuscité. Le doute initial des disciples non préparés à cette nouveauté rend leur témoignage plus crédible encore.

Cette résurrection n’est pas comme celle de Lazare, celle du fils de la veuve de Naïm, morts puis ramenés à la même vie. Jésus est revenu à la vie, dans l’identité physique, psychique, morale, humaine qu’il avait jusqu’à sa mort mais selon une nouveauté inouïe : spiritualisé. C’est comme si son âme devenue plus pleine, plus forte avait vitalisé son corps d’une nouvelle énergie, pour le consacrer à la vie éternelle. L’Esprit qui est immortel a animé le corps du Christ pour le rendre vivant jusqu’à aujourd’hui et pour les siècles. Jésus existe, vivant, avec ses yeux, ses mains, ses plaies « voyez, touchez, c’est bien moi, c’est bien ma chair ». Il mange et boit avec ses disciples mais eux, reconnaissent en lui quelque chose de nouveau, une nouvelle vie, super-spirituelle. Nous croyons à la résurrection, nous croyons que vraiment Jésus a inauguré une nouvelle forme de vie qu’il a promise à ceux qui croient.

La Pâque de Jésus, miraculeuse, incroyable, dépassant nos capacités de penser et notre imagination nous est assurée. Nous sommes tous destinés à ressusciter comme Jésus. Notre Seigneur fera ce miracle d’extraire de la tombe et de la dispersion notre pauvre être, pour lui redonner sa physionomie, sa stature, sa réalité, mais dans une forme particulière de perfection, de beauté, de complétude, d’élégance, de vitalité, de plénitude.

La résurrection du Christ n’est pas seulement son triomphe mais aussi le nôtre. Elle est le principe de notre salut, de notre résurrection. Pour le moment, elle l’est comme libération de la cause première de notre mort qui est le péché, qui est séparation d’avec la source de vie qu’est Dieu lui-même. Pour le moment, elle l’est comme gage de notre résurrection corporelle future, puisque nous sommes sauvés dans la foi et en espérance. Mais au dernier jour, elle le sera comme source de cette vie bienheureuse que nous recevrons et qui ne finira pas.

Dans l’attente de ce jour, comment la résurrection du Christ, cette nouvelle vie, peut-être aussi notre nouveauté dès aujourd’hui, principe aujourd’hui d’une vie nouvelle ?

Et bien frères et sœurs, nous ne sommes pas seulement des êtres de chair et de sang. Nous avons reçu un principe, une semence, un germe secret au cœur de notre être. Et ce germe est déjà principe de cette immortalité bienheureuse qui nous est promise dans la foi et l’espérance, et nous sera donné demain dans sa plénitude et sa réalité. Ce principe s’appelle la grâce, c’est-à-dire la vie divine qui nous est communiquée. Nous vivons de cette énergie mystérieuse qui garantit la vie éternelle. Elle nous a été donnée au baptême dans lequel nous avons été régénérés. La grâce, ce contact avec l’immortalité de Dieu, cette grande nouveauté reçue au baptême, infuse en nous une énergie, une semence de vie supérieure qui un jour fleurira et alors nous ressusciterons.

Pour l’instant, elle est enfouie dans notre âme et nous avons l’immense responsabilité de ne pas la faire mourir, de ne pas l’éteindre par chacun de nos péchés. Ainsi, la première et grande nouveauté que nous offre Pâque est la vie de la grâce. Si nous sommes chrétiens, nous sommes en communication avec le Christ et nous recevons de lui ce souffle qui respire en nous et fait de nous des candidats à la vie éternelle. Mais cela suffit-il ? Saint Paul développe sa réflexion sur le nouvel état des chrétiens : si vous êtes nés à nouveau avec la grâce, vivez une vie nouvelle ; soyez logiques, soyez cohérents. Chrétien, sois chrétien, vis en chrétien. Une nouvelle loi, une nouvelle vie est venue en toi. Tu as la loi de l’amour, la loi de la présence du Christ dans ton âme. Vis conformément à cela. Cette nouveauté pérenne en toi, cette source de vie, doit t’obliger en permanence à être nouveau, bon, parfait.

Cette exigence laisse ton cœur du chrétien toujours inquiet. Jésus a donné aux hommes d’être parfaits comme le Père est parfait. Cet élan intérieur donné par la vie nouvelle du Christ doit garder notre âme toujours éveillée, vivante. La résurrection n’est pas un somnifère qui endort les hommes et les rend tranquille. Au contraire, forts de cette nouvelle vie, les chrétiens sont des âmes vivantes, brillantes, ardentes, qui ne peuvent rester tranquilles. Accueillons la nouveauté de Pâques, accueillons cet élan intérieur qui nous pousse vers la vie bonne, vers le génie du bien, vers la recherche de forme toujours nouvelles et plus adéquates pour réaliser ce bien, pour faire que la vie de la tête, Jésus, se répande jusqu’aux membres les plus éloignés. Nous devons avoir l’imagination riche, la fantaisie du bien. C’est par cette fantaisie, avide du désir de nouveauté, que sont nées dans l’histoire tant de familles religieuses capables de créer un christianisme de printemps et non pas vieux, fatigué, incapable d’affronter les défis et les besoins de notre temps. Vivons donc de cette vie nouvelle : la vie de Jésus ressuscité. Soyons cette pâte nouvelle, libre de tout résidu des vieux ferments du péché mais vivant dans la droiture et la vérité. Ouvrons notre âme au Christ mort et ressuscité pour qu’il nous renouvelle, pour qu’il élimine de notre cœur le poison du péché et de la mort et qu’il y déverse la sève vitale de l’Esprit Saint : la vie divine et éternelle, la vie de la grâce qui nous fera vivre une vie nouvelle dans le bien.

Que l’annonce de Pâques se répande dans le monde à travers le chant joyeux de l’Alléluia ! Chantons-le avec les lèvres, chantons-le surtout avec le cœur et par notre vie. Christ est ressuscité des morts, Par sa mort, Il a vaincu la mort. Et Il nous a donné la Vie. Dans la joie, Vivons cette vie nouvelle.

Père Ambroise RICHÉ