« Notre » Père – Quelle fraternité ? Le mot frère dans la bouche de Jésus

Cycle de CATÉCHÈSE SUIVIE SUR LE NOTRE PÈRE

« Notre » Père

Quelle fraternité ?
Le mot frère dans la bouche de Jésus

A la lecture des évangiles on observe que le terme « frère » a un triple sens dans la bouche de Jésus: Il désigne tout d’abord le coreligionnaire juif – surtout dans l’évangile de Mt. Ensuite le terme coïncide avec la notion de « frère » propre aux rabbins, aimant à appeler ainsi leurs disciples – affermis tes frères, allez dire à mes frères, ne donnez à personne le titre de Rabbi car vous êtes tous frères. Ainsi toute différence entre les hommes est supprimée devant la rencontre avec le seul grand : le Christ. Enfin le troisième sens relève d’un langage typiquement chrétien : frère se rapport alors à une parenté spirituelle dans la soumission à Dieu qui prend la place de la consanguinité. On voit la différence ici avec l’idéologie des lumières et la fraternité universelle des stoïciens. La fraternité n’est plus une réalité d’ordre naturel, un phénomène originel de nature mais elle repose sur une décision spirituelle, sur le oui à la volonté de Dieu. Une nouvelle parenté se crée pour le missionnaire avec tous ceux qu’il a amené à la foi et qui la partage avec lui.

Un quatrième sens apparaît de manière surprenante avec la parabole du jugement dernier de Mt 25 : les frères ici ne sont pas nécessairement ceux qui croient, ils ne sont pas non plus tous les hommes, indistinctement comme on le dit à tort bien souvent, mais les frères sont seulement ici les nécessiteux. Le Christ est représenté d’une manière particulière en eux. La communauté avec eux n’est plus fondée sur la décision et la foi mais sur la bassesse et le besoin. Mon prochain n’est pas seulement celui qui croit au Christ avec moi mais le premier malheureux rencontré, qui est un frère du maître. On peut alors tout de même se demander si on ne reviendrait-on pas à l’idée du frère chez les lumières ? Et bien, non, car si l’ouverture universelle est la même, l’idée de fraternité est ici fondée sur la christologie et cela crée en face de celle des lumières une toute autre atmosphère spirituelle. D’autres parts, on ne peut pas non plus isoler ce texte des autres : ainsi à côté de lui, demeurent tout de même les autres textes qui conservent l’idée d’une fraternité plus ou moins close.

Père Ambroise Riché