« Notre » Père : La prière des frères

Cycle de CATÉCHÈSE SUIVIE SUR LE NOTRE PÈRE

« Un seul Dieu et Père de tous,
au-dessus de tous, par tous, et en tous. » Ep 4,6

Nous avons commencé notre réflexion en nous arrêtant sur la signification chrétienne du nom de Père, cherchant à comprendre qui était ce Père des cieux et ce qui nous permettait de l’appeler légitimement « Père », sans nous tromper ou parler légèrement. Il aurait été tout aussi légitime de commencer notre étude du Notre Père en nous penchant sur le premier mot de cette prière « Notre ». Ce mot est d’une importance capitale et le négliger en allant tout de suite dans notre prière sur celui de « Père » serait une grave erreur. Tâchons maintenant d’en comprendre toute la richesse, en commençant par quelques remarques.

En tout premier lieu, le terme « notre » renvoie non pas à une possession mais à une relation : Dire « notre » Père signifie prendre conscience, reconnaître le caractère inouï d’une nouvelle relation établie avec Dieu ; cela signifie découvrir que toutes les promesses annoncées par les prophètes ont été accomplies : nous sommes devenus son peuple et il est désormais notre Dieu. Cela exprime la certitude de notre espérance en l’accomplissement de l’ultime promesse de Dieu (Ap 21,7) : « Je serai son Dieu et lui sera mon fils ».

Ensuite, puisque – comme nous l’avons dit dans les catéchèses précédentes – la prière du « notre Père » nous ouvre à la rencontre avec le vrai Dieu, alors si cette prière est dite en vérité, elle doit nous ouvrir à la communion d’amour qui est en Dieu, communion que nous ne pouvons vivre authentiquement que dans la charité fraternelle elle-même, et donc dans un « je » compris dans le « nous » des frères.

En outre, ce « notre » renvoie au fait que la paternité divine, à la différence de toutes les paternités terrestres, est non pas ce qui nous distingue et divise mais ce qui nous rassemble. Sa paternité est ainsi la seule pleinement réelle.

Ce « notre » nous rappelle d’autre part que nous ne pouvons aller au Père seul, que nous ne pouvons être fils véritablement que par Jésus, en lui et ainsi en communion les uns avec les autres. Vivre ce « notre » est la condition nécessaire pour pouvoir appeler Dieu « Père ».

Enfin, lorsque nous disons « Notre Père », nous distinguons clairement dans notre prière une personne de la trinité des deux autres. Mais nous savons aussi qu’il n’y a pas de division dans le vrai Dieu et nous avons l’intuition de leur communion, de leur unité. Si le Fils et l’Esprit-Saint peuvent seuls, nous unir au Père – comme nous l’avons vu plus haut – c’est parce qu’Ils sont un avec Lui. Si donc par eux nous adorons le Père, alors nous adorons aussi le Fils et l’Esprit-Saint qui sont un avec le Père.

Père Ambroise Riché