“L’obéissance à l’école de Thérèse” – Edito 2017 n°5

«Un homme avait deux fils. Il vint trouver le premier et lui dit : ‘ Mon enfant, va travailler aujourd’hui à la vigne.’ Celui-ci répondit : ‘Je ne veux pas.’ Mais ensuite, s’étant repenti, il y alla. Puis le père alla trouver le second et lui parla de la même manière. Celui-ci répondit : ‘Oui, Seigneur !’ et il n’y alla pas. »

S’il est une vertu difficile à comprendre et surtout à vivre, à tout âge de la vie et à toute époque de l’histoire humaine, c’est bien celle de l’obéissance. Elle est par excellence celle qui semble le plus contrarier et même s’opposer à notre légitime désir de liberté, notre soif d’auto-détermination, notre appétit de croissance personnelle. Vivre, n’est-ce pas se sentir pleinement vivre ? N’est-ce pas se libérer de toutes les chaînes qui entravent nos mouvements – tant ceux de notre corps que ceux de notre volonté – ? N’ai-je pas le droit de… ? L’obéissance, même consentie – quand il s’agit de protéger le bien commun par exemple –, n’est-elle pas quand même une diminution de nous-mêmes ?

Pour répondre à toutes ces bonnes questions, sainte Thérèse de Lisieux nous aide en convertissant notre regard : non plus nous regarder nous-mêmes, mais regarder le Christ. Thérèse veut suivre Celui qu’elle aime, et en qui elle aime tout. Or Il est, Lui, le modèle accompli de l’obéissance. « Personne n’avait le droit de vous commander, ô mon Bien-aimé, et cependant vous avez obéi… ». C’est l’amour de Jésus qui lui fait rechercher l’obéissance, car c’est par l’obéissance que Jésus nous a sauvés. L’effet le plus immédiat de l’obéissance est de remettre sa volonté entre les mains de Dieu. Sans dispenser de l’effort ou supprimer la liberté et l’initiative, l’obéissance à Dieu, par la docilité à l’égard de ceux qui nous commandent, offre paix et sécurité. L’obéissance substitue à nos instincts le choix de Dieu. Et même Celui qui commande obéit, doit se faire petit, parce que pour commander avec sûreté, la sûre autorité de Dieu peut seule garantir le bien recherché et susciter l’obéissance de ceux que nous gouvernons. Comment demander par exemple à mon enfant de m’obéir, si moi-même je transige avec mes devoirs de fils à l’égard de mon Père en ne le priant pas ou en n’allant pas à la messe ?

L’humble obéissance n’est pas ce qui diminue l’âme mais ce qui la grandit, en l’arrachant au faux éclat de la vanité du monde pour la plonger dans la lumière de Dieu et de ses dons. Obéir à Dieu, c’est d’abord me remettre à Lui, en reconnaissant que tout ce que je suis est de Lui ; c’est me sentir être en plénitude, en redécouvrant que tout mon être a en Lui sa source, et que donc, Lui, le premier, avant moi-même, est mon maître, la seule véritable garantie de ma liberté, car Lui seul peut conduire à la perfection ce que je suis. Obéir, c’est consentir au fait que pour être, il me faut être engendré, conduit et élevé par un Autre que moi. Que la boussole de notre vie soit la volonté du Seigneur, qui a voulu que nous soyons, qui veut nous sauver et nous faire entrer dans le secret de la joie de son Fils. « Ma nourriture, c’est de faire la volonté de Celui qui m’a envoyé. »

Abbé Ambroise Riché